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Date de la dernière mise à jour de l'article : 23/06/2022

1) La relation humains-animaux : plusieurs approches
1) Tous les éleveurs n'ont pas la même vision
Un homme qui nourrit des vaches

La relation homme-animal est un enjeu important dans les élevages. En effet, c’est par rapport à l’animal que les éleveurs définissent leur métier, ils sont une source de plaisir, d’affection dans leur activité. La relation Humain-Animal elle a également un impact direct sur les revenus de l’éleveur (en lien avec les performances des animaux, leur santé…), mais aussi sur la santé et la sécurité de l’éleveur sur son lieu de travail et sa satisfaction professionnelle.

Publication de référence : DOCKES, A., & KLING-EVEILLARD, F. (2007). Les représentations de l’animal et du bien-être animal par les éleveurs français. INRAE Productions Animales, 20(1), 23–28.  [30] 

 

Dockes et Kling-Eveillard ont observé 4 profils d’attitudes d’éleveurs en fonction de leur relation avec l’animal:

  1. « l’éleveur pour l’animal » qui ne voit que des aspects positifs à son métier et développe une relation affective avec ses animaux,

  2. « l’éleveur avec l’animal » qui reconnaît des aspects positifs à son métier mais aussi des contraintes, qui admet l’intérêt de bien communiquer avec ses animaux et de les surveiller mais ne développe pas de relation affective avec eux,

  3. « l’éleveur malgré l’animal » qui cherche à limiter la communication avec ses animaux et peut même craindre le contact avec eux,

  4. « l’éleveur pour la technique » qui ne considère pas que la relation avec l’animal est essentielle dans son métier mais qui considère tout de même la surveillance du troupeau comme partie intégrante de la technicité du métier.

 

Les représentations, les comportements et la relation homme-animal peuvent différer notablement et influencer le bien-être des animaux. Des travaux expérimentaux ont démontré un lien notable entre les attitudes et comportements des éleveurs et le bien-être des animaux. Ainsi, les éleveurs qui considèrent que les porcs sont intelligents auront un comportement plus doux à l'égard de leurs animaux, ceux-ci auront moins peur de l’homme, seront donc moins stressés et présenteront de meilleures performances de croissance. Le bien-être interroge l’éleveur sur son métier et sur ses représentations des animaux. En fonction de celles-ci, il accorde plus ou moins de légitimité aux attentes sociétales vis-à-vis du bien-être.

 

On note également qu’un même éleveur peut avoir des attitudes différentes pour des animaux de différentes espèces.

2) Approcher le point de vue de l'animal par l'éthologie et les sciences du comportement
Farmer and a Cow

La qualité de la relation homme animal peut-être estimée en observant les comportements témoignant de peur ou bien de confiance entre l’homme et l’animal. Si la relation homme-animal est bonne (confiance), c’est au bénéfice des deux. Si au contraire elle est mauvaise (peur), c’est au détriment des deux. La qualité de la relation homme-animal est un critère d’évaluation du bien-être animal (absence de peur)

Etudes de référence « Hommes et animaux au travail : vers une approche pluridisciplinaire des pratiques relationnelles (X.Boivin et al. 2012)[32] », et « Eleveur et grands herbivores : une relation à entretenir (X.Boivin et al. 2003) [33] »

L’éthologie est étude des comportements des animaux (du grec ethos, manière d'être) [34] . Une façon d’étudier la relation homme-animal est d’observer la réaction des deux partenaires en présence l’un de l’autre. Une étude de 2006[35] ayant étudié différents test utilisés pour évaluer la relation homme-animal, a dégagé trois grands types de tests :

  • Le simple fait d’avoir la présence d’un homme « passif » en présence d’animaux permet de savoir si ces animaux ont eu des expériences positives ou négatives.

  • La personne réalisant le test peut également se mettre en mouvement, ou bien passer sa main dans la cage de l’animal (quand cage il y a). Même si l’homme garde un comportement simple, l’observateur peut compter le nombre d’animaux qui s’approchent ou s’éloignent, se laissent toucher, ou encore la distance de fuite. Ces indicateurs sont parfois utilisés également pour évaluer le bien-être des animaux (une bonne relation homme-animal fait partie des facteurs de bien-être).

  • Un autre type de test peut consister à observer le comportement des animaux dans des situations de manipulation (capture, déplacement, contention …).

 

Ces tests utilisés lors d’expérimentations ont permis de dégager des facteurs influençant la qualité de la relation homme-animal :

  • Des facteurs génétiques (la réaction des animaux face à l’homme a fait partie des critères de sélection lors du processus de domestication, mais il existe encore une importante variabilité génétique concernant ce critère)

  • Selon le système d’élevage et la présence humaine (malgré le fait que les animaux soient domestiqués, il faut toujours qu’ils soient habitués à la présence de l’homme)

  • La qualité des contacts homme-animal - Les périodes plus sensibles (à savoir le jeune âge, le sevrage (séparation mère-jeune), et la mise bas (naissance)

  • L’environnement social (selon si les animaux sont en présence de congénères ou non). Par exemple, des jeunes animaux allaités au biberon seront plus proches de l’homme que des animaux allaités par leur mère et entourés de congénères.

  • La psychologie de l’animal

Interview de Pauline Garcia, une éleveuse appliquant les principes de l’éthologie pour renforcer sa relation avec ses animaux. Par Hélène Chaligne pourLa France Agricole (lien)

3) Une relation humain-animal qui se perd ?

1) Un rapport au travail qui évolue

Larrère et Larrère ont défini un concept de « contrat domestique » entre les animaux de ferme et nous[36] :

« On peut interpréter la domestication comme un échange de services, comme une sorte de pacte entre les hommes et les bêtes dont ils ont cherché le concours. L’idée fut énoncée par Lucrèce au siècle qui précède notre ère (voir extrait 1 ci dessous). On la retrouve chez Montaigne. Il y a, explique-t-il, « quelque commerce entre elles et nous, et quelque obligation mutuelle » [37]. Elle est reprise, bien plus tard, par Adam Smith (voir extrait 2 ci-dessous). Quelques décennies plus tard, Henry David Thoreau en vient même à se demander, lorsqu’il écrit que « hommes et bœufs font échange de travail », si la part de l’homme n’excède pas celle du boeuf [38] . Commerce, obligation mutuelle, de cet échange de services et de devoirs, le physiocrate Dupont de Nemours fait un contrat (voir extrait 3 ci-dessous). Certes, il reconnaît que l’intention humaine n’est en rien favorable aux animaux domestiques et que l’échange est inégal. Mais il n’empêche que les hommes prennent soin de leurs animaux, et que ceux-ci vivent en paix alors que, s’ils étaient restés à l’état sauvage, ils vivraient dans « un état de terreur habituelle que le malheur passager et imprévu (pour eux s’entend) de la boucherie ne peut égaler, tout abominable qu’il est » [39]. Il n’y a donc pas d’égalité entre les hommes et leurs animaux domestiques, mais on peut envisager des relations de réciprocité. Il y a là une sorte de contrat social tacite qui impose aux hommes de ne pas maltraiter leurs animaux jusqu’au sacrifice de leur vie.»


Image de Andy Art

Extrait 1 : Lucrèce (1er siècle avant JC)

« Ces cœurs fidèles, les chiens au sommeil léger,

Et toute l’engeance des bêtes de labour,

Les troupeaux laineux et les espèces à cornes

Sont confiés à la garde des hommes, […].

 

Portés à fuir les fauves, à la recherche de la paix, Une pâture abondante obtenue sans fatigue,

Ils reçoivent de nous ces biens pour prix de leurs services. »

 

De Rerum natura, trad.fr. de José Kany-Turpin : De la nature, Paris Aubier, 1993, V 868-870 (p. 363)

Image de Kiwihug

Extrait 2 : Adam Smith (1723-1790)

 

« Celui-ci [le bétail], quoi qu’il ne s’accroisse pas dans la même proportion que le blé, qui est entièrement acquis de l’industrie humaine, se multiplie sous la vigilance et la protection des hommes ; lesquels mettent en réserve en période d’abondance ce qui peut les entretenir en période de rareté, procurent au bétail pendant toute l’année plus de nourriture que ne leur fournit la nature inculte, et l’assure de la jouissance libre de tout ce que la nature fournit en détruisant et en exterminant ses ennemis. »

 

Enquête sur la nature et les causes de la richesse des Nations, Livre I, Chapitre XI – Ed P.U.F (1995), p.196.

Image de Ivan Gromov

Extrait 3 : Dupont de Nemours (1739-1817)

 

« La bête à laine de nos troupeaux est sotte et poltronne […] mais l’homme et le chien se réunissent pour la garder. La multiplication de son espèce, de même que celle du gros bétail, a considérablement gagné au contrat, en apparence ursulaire, par lequel l’homme leur vend une pâture abondante et une protection assurée. Ce contrat très avantageux à l’homme, l’est aussi aux espèces qu’il a conquises. Tant qu’il n’a été que chasseur, il n’était qu’un animal carnassier de plus et faisait comme eux aux autres animaux autant de mal qu’il en retirait de bien pour lui […]. Mais quand il est devenu pâtre et surtout cultivateur, quand il a défendu ses bœufs et les moutons contre leurs autres ennemis, quand il a travaillé pour leur conserver et leur produire du fourrage, il a diminué leurs dangers, il a prolongé leur vie, il a multiplié leur subsistance, il a augmenté leur population »

 

Philosophie de l’univers, 1792, pp. 84-85.

Les mêmes chercheurs (Larrère et Larrère) parlent néanmoins d’une rupture de ce contrat domestique avec le développement de la zootechnie et des modèles d’élevages plus industriels. Les animaux ne sont plus considérés comme des individus, mais plutôt comme des « machines thermodynamiques », dont la production est à maximiser et non à optimiser[40] .

 

Jocelyne Porcher, chercheuse à l’INRA, défend également la théorie selon laquelle les modèles d’élevage récents installent une distance entre l’éleveur et ses animaux[41] :

« L’élevage est en train de disparaître en tant que rapport de travail avec les animaux domestiques. Cela ne concerne pas seulement les éleveurs et les amoureux des vaches, des cochons ou des moutons, mais également les compagnons des chiens, des chats ou des lapins. Car, ce qui est en cause, c’est le rapport domestique aux animaux, c’est l’insertion des animaux dans la domus humaine. Après avoir vécu 10 000 ans avec des animaux, nous sommes en train de mettre en place un monde social dont ils seront exclus. Non pas parce que c’est ce que, tous, collectivement, nous voulons vraiment, mais parce que cela apparaît comme l’orientation la plus raisonnable, la plus réaliste dans le cadre de la pensée utilitariste qui nous anime. À quoi bon les animaux d’élevage si les produits animaux peuvent être remplacés par des produits végétaux ou des produits biotechnologiques ? À quoi bon chiens et chats s’ils peuvent être remplacés par des robots ? Ce qui fait la différence, nous l’avons vu, c’est le rapport à la vie et à la mort. C’est notre capacité à entrer dans le monde des animaux et à changer de point de vue. Car vivre avec les animaux nous transforme…»

2) Un élevage de précision qui implique des changements dans la relation Humain-animal

 

De nombreux élevages ont aujourd’hui recours à des technologies comme des robots, ou des outils d’automatisation. Ces outils sont utiles à l’éleveur notamment pour rendre le travail moins pénible. La plupart du temps, cela a un impact sur la relation entre les éleveurs et ses animaux, qui peut-être positif ou négatif.

 

Dans le cas de l’installation de robots, ou d’autres outils d’automatisation sur la ferme, on peut observer deux cas[42} :

  • soit l’éleveur peut prendre de la distance par rapport à ses animaux (il préfère « piloter » grâce aux outils robotisés)

  • soit le fait d’automatiser une partie de ses tâches lui libère du temps qu’il peut utiliser pour passer plus de temps avec ses animaux.

    • Dans le cas de l’installation d’un robot de traite par exemple, certains éleveurs passent plus de temps au milieu du troupeau à observer leurs vaches, alors qu’ils pouvaient avoir plutôt l’habitude d’observer leurs animaux (pour détecter des problèmes, des maladies) pendant la traite avant l’installation du robot.

Le recours à l’automatisation ne signifie donc pas nécessairement une disparition de la relation homme-animal, même si elle implique le plus souvent des changements

Image de LikeMeat

« À quoi bon les animaux d’élevage si les produits animaux peuvent être remplacés par des produits végétaux ou des produits biotechnologiques ?» Jocelyne Porcher

Photo : LikeMeat, pavés de protéines végétales en forme de steak

 
 

IV - La protection et le bien-être des animaux des animaux, un sujet d’intérêt croissant dans la société (suite)

 
 

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