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Date de la dernière mise à jour de l'article : 06/08/2020

III - Systèmes d'élevage et durabilité

Les programmes de formation de SVT (de l’ancien programme de 1ère) ainsi que les contenus de certains manuels scolaires suggéraient que l’élevage était moins efficient que les cultures, et donc moins apte à nourrir le monde en 2050. Face à ces suggestions, il nous apparaît intéressant d’apporter certains éléments de réponse. Une des principales idées à retenir est qu’il existe plusieurs façons de définir l’efficience d’un système.

1 - Quelle efficience pour les systèmes d'élevage ?

Publication de référence pour cette partie : Efficience alimentaire des élevages, GIS Elevages Demain [1]

On dit souvent que l'élevage nécessite un apport en protéines végétales important pour une production de protéines animales relativement faible (2 à 10kg/ kg produit selon les espèces) [2] ou 7 kcal végétales pour 1 kcal animale [3] (de 16 pour une production de bœuf, à 3 pour une production de poulet).

Cette analyse ne prend pas en compte l'origine de ces protéines. Dans le cas de l'alimentation des ruminants, une très grande partie des protéines consommées provient d'aliments non consommables par l'homme. Ceci est plus nuancé pour les monogastriques qui ayant un système digestif bien plus proches du nôtre, ont un régime alimentaire ressemblant également au nôtre ! La quantité de protéines animales produites à partir de protéines non consommables par l’Homme est un indicateur très important, et dans certains cas il y a une création nette de protéines consommables par l’Homme comparativement à ce qui est contenu dans les aliments fournis aux animaux  => définition de l'efficience nette (ci-dessous).

Ces calculs peuvent être conduits pour différentes caractéristiques nutritionnelles des aliments, notamment pour les protéines, principal intérêt des produits animaux (en kg de protéines brutes), et pour l’énergie (en kcal d’énergie brute).

Wilkinson J. M., 2011. Re-defining efficiency of feed use by livestock. Animal, 5, 1014-1022.

Ertl P., Klocker H., Hörtenhuber S., Knaus W., Zollitsch W., 2015. The net contribution of dairy production to human food supply: The case of Austrian dairy farms. Agricultural Systems, 137, 199-125.

Pour évaluer cette contribution nette, une approche consiste à dissocier la part des végétaux qui est effectivement consommable par l’Homme de celle qui ne l’est pas. De la même façon, les produits animaux non consommables (saisies, pertes, abats, laine, peaux et autres coproduits à usages non alimentaires) sont aussi à écarter du calcul.

L’efficience de conversion des aliments par un système d’élevage peut donc se calculer de deux manières:

  • La première consiste à prendre en compte tout ce que l’animal ingère (fourrages, céréales, protéagineux, coproduits, etc.) et tout ce qu’il produit (lait, œufs, animaux entiers) : c’est l’efficience brute.

  • La seconde, proposée par Wilkinson (2011) et Ertl et al. (2015) consiste à ne considérer que les consommations par l’élevage qui entrent en compétition avec l’alimentation humaine, c’est-à-dire qui sont « consommables par l’Homme » (grains décortiqués de céréales, protéagineux, etc.), et seulement les produits de l’élevage « consommables par l’Homme » (lait, œufs  propres à la consommation humaine, viande, abats, coproduits alimentaires des carcasses) : c’est l’efficience nette de l’élevage pour la production d’aliments.

Pour les protéines, une efficience nette supérieure à 1 indique que le système d’élevage a produit davantage de protéines animales « consommables par l’Homme » qu’il n’a consommé de protéines végétales « consommables par l’Homme ». Le système d’élevage est ainsi considéré comme producteur net de protéines consommables et a une contribution nette positive à la production de protéines alimentaires. Inversement, une efficience protéique nette inférieure à 1 indique que le système d’élevage est consommateur net de protéines « consommables par l’Homme » et il a une contribution nette négative à la production de protéines alimentaires. Le principe est le même pour l’énergie.

[1] Laisse S., Baumont R., Turini T., Dusart L., Gaudré D., Rouillé B., Benoit M., Rosner P-M., Peyraud J-L., 2017. Efficience alimentaire des élevages : un nouveau regard sur la compétition entre alimentation animale et humaine. Colloque du GIS Elevages Demain, 17/10/2017, Paris.

Laisse, S., Baumont, R., Dusart, L., Gaudré, D., Rouillé, B., Benoit, M., Veysset, P., Rémond, D., & Peyraud, J.-L. (2019). L’efficience nette de conversion des aliments par les animaux d’élevage : une nouvelle approche pour évaluer la contribution de l’élevage à l’alimentation humaine. INRA Productions Animales, 31(3), 269-288.

[2] Delaby, L., Dourmad, J. Y., Béline, F., Lescoat, P., Faverdin, P., Fiorelli, J. L., ... & Durand, P. (2014). Origin, quantities and fate of nitrogen flows associated with animal production. Advances in Animal Biosciences, 5(s1), 28-48.

[3] Bender, A. E. (1992). Meat and meat products in human nutrition in developing countries.

Efficience protéique nette et brute

Efficience énergétique nette et brute

En résumé

MONOGASTRIQUES

■ Les ateliers de monogastriques peuvent être producteurs nets de protéines. C’est notamment le cas des systèmes d’élevages utilisateurs de coproduits (de céréales et de pois), de tourteaux de colza et de tournesol non consommables en alimentation humaine.

■ Du fait de leur cycle de reproduction court et de leur croissance rapide, les monogastriques ont globalement besoin de consommer moins de végétaux par kg de viande produite que les ruminants ce qui compense le fait que leur alimentation fasse plus appel à des aliments consommables par l’homme. De plus, une part plus élevée de leur carcasse entre dans la chaine alimentaire.

■ L’efficience nette de ces ateliers est très variable selon la composition des aliments. Elle serait aussi très fortement réduite dans l’hypothèse d’une valorisation accrue des protéines végétales dans l’alimentation humaine.

Les monogastriques (porcs conventionnels, poulets de chair standard, poules pondeuses) produisent entre 0,7 et 1,6 kg de protéines animales par kg de protéines végétales consommables par l’homme selon les modes d’alimentation. Les élevages bovins laitiers produisent de 0,6 jusqu’à plus de 2 kg de protéines animales pour 1 kg de protéines végétales consommable par l’homme. Leur efficience nette est d’autant plus importante que la part d’herbe dans la ration s’accroit. La production de viande de ruminant est moins efficiente, mais surtout l’efficience est très variable. Si certains systèmes transhumants ne consomment aucune protéine consommable par l’homme et ont donc une efficience « infinie », certains ateliers d’engraissement produisent à peine 0,2 kg de protéines animales consommables par kg de protéines végétales consommables.

RUMINANTS

Les élevages bovins laitiers français sont souvent producteurs nets de protéines pour l’alimentation humaine, notamment les systèmes herbagers[1],[2],[3]. Pour produire 1 kg de protéines issu de l’élevage bovins laitiers (lait et viande), moins d’un kilogramme de protéines végétales consommables par l’Homme est utilisé pour une majorité d’élevages.

Les élevages de ruminants spécialisés viande sont rarement contributeurs nets de protéines. Pour l’être, ils doivent être très économes en concentrés et/ou valoriser essentiellement l’herbe et/ou les coproduits végétaux car les ruminants restent des piètres transformateurs de céréales.

■ Les systèmes de production les plus herbagers seront moins sensibles à une valorisation accrue des protéines végétales dans l’alimentation humaine.

■ Il demeure une très grande variabilité intra-type de système ce qui montre que des marges de progrès importantes existent.

[1] Peyraud, J. L. (2017, July). The role of grassland based production system for sustainable protein production. In 54. Annual meeting of the brazilian society of animal science (p. np). Brazilian Society of Animal Science. (étude appliquée à l'Europe)

[2] van Zanten, H. H., Mollenhorst, H., Klootwijk, C. W., van Middelaar, C. E., & de Boer, I. J. (2016). Global food supply: land use efficiency of livestock systems. The International Journal of Life Cycle Assessment, 21(5), 747-758. (étude appliquée aux Pays-Bas)

[3] Ertl, P., Klocker, H., Hörtenhuber, S., Knaus, W., & Zollitsch, W. (2015). The net contribution of dairy production to human food supply: the case of Austrian dairy farms. Agricultural systems, 137, 119-125. (étude appliquée à l'Autrique)

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III.1 - Peut-on faire une comparaison efficience animale et végétale ?

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