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Date de la dernière mise à jour de l'article : 08/09/2021

 

II - L’élevage concurrence-t-il les autres productions ?

1 - Utilisation d'aliments consommables directement par l'homme
1. Dans le monde

Une étude menée en 2017 par la FAO a étudié le thème de la compétition entre l'alimentation animale ("feed") et humaine ("food")[12] :

  • les animaux d'élevage ont consommé dans le monde environ 6 milliards de tonnes d'aliments (en tMS*) en 2010. 14% étaient des aliments consommables par l'homme (comme par exemple les céréales) et 86% de la ration est composée de matériaux non comestibles pour les humains. L'élevage consomme un tiers des céréales produites mondialement, il en consommait 42% en 1973 [13].

  • Contrairement à des chiffres cités fréquemment, produire 1kg de viande nécessite en moyenne 2,8 kg de matière sèche* comestible par l’homme (food) chez les ruminants et 3,2 kg chez les monogastriques.

  • L'élevage bovin consomme surtout des fourrages** (90%) sauf dans les systèmes de feed-lots où la proportion de grains varie de 38 à 72 % selon les pays (ce système n’existe pas en France). L'élevage de monogastriques comme les porcs ou les volailles consomme plus de céréales et de coproduits (dont les tourteaux) car ils digèrent moins bien les fourrages. Ils sont en revanche des convertisseurs plus efficaces (ils ont besoin d'une moins grande quantité d’aliments pour produire un kilo de viande ou de protéines).

Production totale de protéines dans le monde (toute production confondue) en Mt/an

Quantité de nourriture nécessaire pour produire 1kg de protéines animales

(↘ avec niveau d'industrialisation)

Quantité d'aliment comestible pour l'homme nécessaire/kg de protéine produit

( ↗ avec niveau d'industrialisation)

Quantité de protéines comestible pour l'homme nécessaire/kg de protéine produit 

( ↗ avec niveau d'industrialisation)

36 355 (45%)

133 kgMS/kg protéines

(62 pour les bovins élevés en feedlot dans les pays OECD)

5,9 kgMS/kg protéines

(bovins : 44,3 en feedlot, 4,7 en système pâturant)

0,6 kg de protéines consommables/kg protéines produites

➔ Production nette de protéines comestibles

(bovins : 4,1 en feedlot, 0,5 en système pâturant)

30 kgMS/kg protéines

(29 pour les porcs en système industriel, 26 pour les poulets, et 18 pour les poules pondeuses)

15,8 kgMS/kg protéines

2 kg de protéines consommables/kg protéines produites

(4,4 pour les porcs en système industriel et 5,1 pour les poulets)

Ruminants (vaches, chèvres, moutons …)

Monogastriques (porcs, volailles, lapins, chevaux, ...)

38 246

(31% pour les poules pondeuses et poulets, 20% pour les porcs)

Quantité d'aliment comestible pour l'homme nécessaire/kg de viande produite

( ↗ avec niveau d'industrialisation)

2,8 kgMS/kg viande

(bovins : 9,4 en feedlot, 3,9 en système pâturant)

3,2 kgMS/kg viande

Pour aller plus loin sur la notion d’efficience protéique, consultez le chapitre traitant des Agrosystèmes en cliquant ici

Système intensif

Système extensif

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Ruminants

Monogastriques

Les systèmes extensifs, comme ceux rencontrés en France consomment plus d'aliments mais moins de ceux consommables par les humains. Dans le cas de l'élevage de ruminants, ils produisent plus de protéines qu'ils n'en consomment.

[12] Mottet, A., de Haan, C., Falcucci, A., Tempio, G., Opio, C., & Gerber, P. (2017). Livestock: On our plates or eating at our table? A new analysis of the feed/food debate. Global Food Security, 14, 1-8.

[13] DRONNE, Y. (2019). Les matières premières agricoles pour l’alimentation humaine et animale : le monde. INRA Productions Animales, 31(3), 165-180.

2. En France
1) Les matières premières utilisées dans l'alimentation animale

Les ruminants mangent surtout de l'herbe, les vaches laitières mangent également une proportion importante de maïs ensilage. Les monogastriques mangent plutôt des céréales et des tourteaux.

 

Une étude a été menée par l'Agreste en 2013, à partir de données sur la période 2007-2009, afin d'évaluer les quantités d'aliments dédiés à l'alimentation animale [14] :

"Les matières premières utilisées pour la nourriture des aliments de ferme dépassent, sur la période 2007-2009, cent millions de tonnes par an. Les fourrages grossiers en constituent la plus grande partie. Ils sont la nourriture de base des herbivores. Pour ceux-ci, les aliments concentrés ne sont qu’un apport supplémentaire alors qu’ils constituent l’ensemble de l’alimentation des porcs et des volailles. Parmi les aliments concentrés, les céréales arrivent en tête, suivies par les tourteaux. Plus de la moitié de l’alimentation concentrée est incorporée dans les aliments composés industriels, le reste étant acheté ou produit à la ferme."

 

Selon les systèmes, une partie plus ou moins importante de l’alimentation est produite sur l’élevage : elle est plutôt élevée pour les ruminants, mais variable chez les monogastriques, selon si l’élevage produit son aliment sur la ferme (FAF ou fabrication d'aliments à la ferme) ou bien si une entreprise lui fournit l'aliment (système intégré).

L' "AgriYoutubeurre" Etienne présente le régime alimentaire des vaches en France et dans son exploitation sarthoise

Aliments couramment donnés aux animaux d'élevage en France

Fourrages

Herbe (pâturée, foin, ensilage)

Maïs (plante entière ensilée)

Légumineuses : Luzerne, trèfles, pois, fèveroles, lupins, lotiers

Paille de céréales

Concentrés

Céréales (blé, orge, triticale, maïs grain, …)

 

Graines de protéagineux/ oléagineux

 

Tourteaux (soja, colza, lin …)

 

Autres coproduits : pulpes de betteraves, drêches de brasserie …

A nuancer : L’élevage consomme certes en partie des produits non consommables par l'homme, mais sur des surfaces qui pourraient servir à produire des aliments pour l'homme.

 

Oui mais :  

👉 C'est vrai pour une partie des aliments utilisés en alimentation animale, mais pas pour tout ! Une large partie des surfaces utilisées comme pâtures dans le monde sont des surfaces non cultivables (Voir le tableau de la FAO du chapitre III.2.2 Utilisation de surfaces agricoles)

 

👉 Les prairies implantées sur des terres cultivables ont des intérêts écologiques non négligeables (voir la partie « Des sols vivants et riches en biodiversité » ici). Transformer une prairie en zone de culture a pour effet de libérer la majorité du carbone stocké depuis son implantation, ce qui contribue au réchauffement climatique. Une prairie entretenue grâce au pâturage et amendée grâce aux déjections des animaux stockera plus de carbone.

2) Les coproduits utilisés en alimentation animale

Les animaux d'élevage valorisent également des coproduits des cultures ou des industries agroalimentaires (qui sont produits en grande quantité puisque la population mange de plus en plus d'aliments transformés). Par exemple, lors de la production de céréales, l'homme consomme le grain mais pas la paille (la tige de la céréale) qui peut être consommée par les animaux, ou bien utilisée comme litière. L'industrie de l'huile utilise des graines d'oléoprotéagineux : une fois les graines pressées et l'huile extraite, les restes de la graine, qu'on appelle tourteau, sont appréciés pour l'alimentation animale pour leur richesse en protéines. La pulpe de betterave, produite lors de l’extraction du sucre, est également largement utilisée en élevage [15].

Les animaux participent donc activement à la lutte contre le gaspillage en convertissant des matériaux inutilisables directement par l'homme en aliments de haute valeur nutritionnelle.

 

Cependant, il faut aussi garder à l'esprit que de plus en plus souvent certains restes de cultures sont laissés au champ (de façon à protéger du sol et à l’enrichir en matière organique), et de nombreuses recherches sont en cours pour chercher à mieux valoriser ces coproduits chez l'homme.

Un tourteau particulier : le tourteau de soja

 

Le tourteau de soja était à la base un coproduit de la production d'huile de soja. Mais très vite, la demande pour l'alimentation animale est devenue telle qu'elle a doublé celle de l'huile, concurrencée par les autres huiles végétales. Aujourd'hui, la production de soja est donc surtout destinée à l'alimentation animale, en remplacement par exemple des farines de poissons dont la demande augmente également en aquaculture [16].

Depuis quelques années l'utilisation de tourteau de soja en alimentation animale est largement remise en question [17], car il est majoritairement importé du Brésil, d'Argentine et des USA, où il est produit dans des conditions sujettes à controverses (soja OGM avec utilisation importante de pesticides, déforestation pour étendre les surfaces cultivées, agriculteurs locaux chassés de leurs terres, monocultures intensives …).

 

Une filière soja française existe aujourd’hui, avec une production sans OGM [18] : il peut être possible de développer cette filière dans le futur (elle reste encore assez marginale aujourd’hui, en tout cas insuffisante pour remplacer le soja importé).

[15] Chapoutot, P., Rouillé, B., Sauvant, D., & Renaud, B. (2018). Les coproduits de l’industrie agro-alimentaire: des ressources alimentaires de qualité à ne pas négliger. INRA Productions Animales, 31(3), 201-220.

[16] Steinfeld, H., Gerber, P., Wassenaar, T. D., Castel, V., & De Haan, C. (2006). Livestock's long shadow: environmental issues and options. Food & Agriculture Org.

[17] WWF, Le boum du soja: L’essor du soja, impacts et solutions, 2014 

[18] Le soja non OGM, une filière pleine d'avenir (article La dépêche)

tMS = tonne de matière sèche. C'est ce qu'il reste d'un aliment lorsqu'il ne contient plus d'eau, seulement la partie contenant les éléments nutritifs.

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Type et répartition des aliments consommés par les élevages, d'après Mottet et al. (2017). 

Fourrage = plante utilisée pour l’alimentation animale. C’est un aliment « grossier », c’est-à-dire peu concentré en énergie et nutriments (contrairement par exemple aux céréales). Exemple :  L’herbe, le foin, la paille, l’ensilage d’herbe ou de maïs 

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L'alimentation des vaches françaises

Source : vidéo d'animation produite par le CNIEL (Centre national interprofessionnel de l'économie laitière)

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Destination des aliments en élevage Source : Agreste, Synthèses Moyens de production : L’alimentation animale, principale destination des productions végétales, Synthèses n° 2013/208, 2013 (lien)

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Les coproduits de l’industrie agroalimentaire: des ressources alimentaires de qualité à ne pas négliger.

Source : Extrait de Chapoutot, P., Rouillé, B., Sauvant, D., & Renaud, B. (2018). INRA Productions Animales, 31(3), 201- 220.

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Témoignage d'un éleveur bovin

Source : Extrait du Livret vert de la vache verte (lien), page 11.

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Composition moyenne de l’alimentation des animaux d’élevages en France

Source : Extrait du rapport du GIS Elevages Demain (lien) d'après Devun J., Brunschwig P. et Guinot C., 2012. Alimentation des bovins : rations moyennes et autonomie. et Jousseins C. et Tchakérian E., de Boissieu C., Morin E., Turini T., 2014. Alimentation des ovins : rations moyennes et niveaux d’autonomie alimentaire.

 
 

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