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Date de la dernière mise à jour de l'article : 08/09/2021

 

V - Elevage et biodiversité

2 - Biodiversité et agriculture

Publication de référence : Le Roux, X., Barbault, R., Baudry, J., Burel, F., Doussan, I., Garnier, E., ... & Sarthou, J. P. (2008). Agriculture et biodiversité. Valoriser les synergies. Expertise scientifique collective, synthèse du rapport, INRA (France).

Extraits

Une relation historique étroite entre agriculture et biodiversité

 

Biodiversité et agriculture sont indissociablement liées dans les pays d’Europe de l’Ouest en raison de l'emprise territoriale de l'agriculture, et de son rôle historique avéré dans l’évolution de la biodiversité présente dans nos pays. En France par exemple, les zones agricoles représentent la majorité de l’espace (60%). Historiquement, l’effet positif de l’agriculture sur la biodiversité en Europe a été lié à la diversification des paysages, notamment la création et le maintien d'espaces ouverts abritant une grande biodiversité. Le débat porte aujourd’hui sur les effets des évolutions de l’agriculture, et notamment sur les effets négatifs possibles de l’intensification et de la spécialisation des modes de production. Ces évolutions se sont traduites par un accroissement de la productivité des surfaces cultivées associé à l'emploi de fertilisants minéraux et de pesticides de synthèse, et par une simplification des paysages agricoles résultant de la spécialisation des systèmes de production et de la suppression des surfaces non productives.

 

Aujourd’hui, des effets forts confirmés

 

Un constat global d'effets forts, négatifs et positifs, de l’agriculture sur la biodiversité est établi à différents niveaux d’organisation et différentes échelles spatiales, dans le cadre notamment d’études paneuropéennes qui ont considéré les effets des pratiques agricoles et des caractéristiques des paysages sur la diversité d’une large gamme d’organismes.

Les effets négatifs au niveau de la parcelle sont liés à une intensification et à une simplification des pratiques qui modifient les conditions de milieu et se traduisent par des perturbations fréquentes et intenses (fertilisation, traitements pesticides, irrigation et drainage, travail du sol…). A l’échelle des paysages, ces effets négatifs relèvent de l’homogénéisation de ceux-ci, notamment du fait d'une réduction importante des milieux semi-naturels (incluant zones boisées, prairies semi-naturelles, haies et bords de champ) à l’interface des espaces agricoles, ainsi que de l’homogénéisation des pratiques (moindre diversification des cultures dans le temps et l’espace, synchronisation des dates de récolte ou de fauche...). Les conditions de milieu imposées par les pratiques intensives ont éliminé les espèces sensibles aux perturbations et défavorisées par l’enrichissement en nutriments du milieu. La simplification des paysages a supprimé les espèces dépendant essentiellement ou partiellement des éléments semi-naturels ou d’une diversité des cultures. Les ravageurs sont favorisés par une agriculture intensive dans des paysages homogènes, alors que les auxiliaires de culture tirent bénéfice d'un paysage complexe et d'une agriculture peu intensive. Globalement, l’intensification de l’agriculture et la simplification des paysages favorisent des espèces communes.

A l’inverse, des modes de production moins intensifs ont des effets positifs sur la biodiversité, ce qui s'explique par une moindre perturbation et une plus grande hétérogénéité des systèmes ainsi gérés. De telles pratiques sont, dans une large gamme de situations, bénéfiques pour la richesse en espèces. Ces effets positifs sont particulièrement observés dans le cadre de paysages suffisamment complexes qui jouent un rôle de réservoir pour une diversité biologique variée à l’échelle des territoires.

 

Des compromis pour préserver la biodiversité dans les espaces agricoles ?

 

Sur la base des mécanismes explicatifs présentés ci-dessus, l’expertise a identifié trois tendances lourdes sur les dernières décennies qui ont eu des impacts négatifs forts sur la biodiversité : il s’agit de l’intensification des pratiques agricoles à l’œuvre dans de nombreuses régions, du recul ou de l’abandon de l’activité agricole dans d’autres zones, et de la simplification des paysages qui a plus particulièrement touché des régions bocagères. Ceci peut déboucher sur un antagonisme entre biodiversité et agriculture intensive, spécialisée et simplifiée, aboutissant à la recherche, par compromis, de modalités de préservation de la biodiversité dans les espaces agricoles à côté de l’agriculture. La présente expertise montre que la complexité du paysage joue un rôle essentiel en matière de préservation de la biodiversité dans les espaces agricoles, par sa capacité à atténuer, voire à compenser, les effets négatifs des modes de production intensifs. Des pistes peuvent être ainsi proposées pour gérer les paysages et permettre de préserver / restaurer la biodiversité, en fonction des systèmes de production. Insistons sur le fait que des mesures de restauration ne sont / seront possibles que si le processus de modification de la biodiversité est réversible ; une trop forte simplification des paysages réduit ce caractère réversible.

ans s’arrêter à ce constat, l’expertise montre qu’il est essentiel de considérer le rôle joué par la biodiversité en tant que fournisseur de services écologiques, mais aussi générateur de dommages, dans les systèmes agricoles ; il est tout aussi essentiel, suivant la troisième logique d’intégration présentée ci-dessus, d’analyser les possibilités de valorisation et de développement des synergies entre biodiversité et agriculture.

Sylvain Plantureux,  de l'INRA Nancy-Colmar, explique le rôle de l'agriculture de montagne dans le maintien de la biodiversité en altitude, Cette vidéo a été publiée 2016 sur la chaine Youtube de Bruno Lecomte pour l'association A.E.D.M.V pour l'Equilibre et le Développement du Massif Vosgien.

Dans le Nord et l'Ouest de la France, plus de la moitié des terres sont consacrées à l'agriculture. Source : Agreste - statistique agricole annuelle (2017 provisoire)

 
 
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II. L'élevage concurrence-t-il les autres productions (suite)

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