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Date de la dernière mise à jour de l'article : 06/08/2020

III - Elevage et pollution (suite)

1 - Elevage et émissions de gaz à effet de serre (suite)
2. Quelle quantité de gaz à effet de serre est produite par l'élevage ? (suite)
1. Les émissions de GES varient selon le pays : exemples en Europe

Publication de référence : Dumont B. et al. 2016, Rôles, impacts et services issus des élevages en Europe. Synthèse de l’expertise scientifique collective, INRA France.

 

Extrait de "Rôle, impacts et services issus des élevages en Europe » [33] p44 :

Les émissions se situent, pour le troupeau européen, entre 630 et 863 Mt CO2 eq*, soit de 12 à 17 % des émissions totales de l’UE-27 en 2007 [34]. Cette fourchette converge avec la plupart des estimations de la littérature plus récente [35] (700 Mt, 623-852 Mt). Les émissions se répartissent à parts égales entre la production de viande bovine, le lait de vache, le porc ; viennent ensuite assez loin derrière les volailles, puis les petits ruminants [36]

 

 

Les estimations prennent le plus souvent en compte les émissions directes domestiques et délocalisées. Les modèles incluent donc dans leurs périmètres les émissions associées à la production des aliments pour animaux (céréales, protéagineux, maïs et autres fourrages, herbe, paille et coproduits), qu’elle ait lieu sur le territoire ou dans d’autres régions du monde.
Une étude récente conclut que les émissions délocalisées à l’extérieur de l’Europe dépassent souvent les émissions associées à la gestion locale de la filière [37] (411 Mt CO2 eq, cf ci-dessous). L’estimation de la part des émissions provenant du changement d’usage des sols pour la production d’aliments est très variable : selon les hypothèses retenues, elle peut varier entre 9 et 33 % des émissions totales de l’élevage [38]. Par ailleurs, l’UE se caractérise par un niveau d’émissions directes de GES au kg de produit plus faible que dans le reste du monde. Les niveaux de GES par kg de produit sont plus élevés pour les viandes issues de ruminants que pour celles issues des monogastriques, en raison de la production de méthane entérique des ruminants, des indices de consommation* différenciés des animaux et du poids relatif du cheptel reproducteur dans les filières. Le lait de vache présente, quant à lui, des émissions par unité de protéines produites comparables à celles des monogastriques.

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Agriculture

Bétail

Alimentation

Importations d'aliments

Contributions au changement climatique

Emissions (Tonnes d'équivalent CO2* /an) et Part (%)

Stockage de carbone

Stockage et gaz à effet de serre

Gaz à effet de serre

-104

-82  

-43

-10

100 %

80 %  

42 %

10 %

958

779

516

400

100 %

81 %  

54 %

42 %

1062

861 

560

411

100 %

81 %  

53 %

39 %

d'après Leip, A., Billen, G., Garnier, J., Grizzetti, B., Lassaletta, L., Reis, S., ... & Westhoek, H. (2015). Impacts of European livestock production: nitrogen, sulphur, phosphorus and greenhouse gas emissions, land-use, water eutrophication and biodiversity. Environmental Research Letters, 10(11), 115004.

L’intensité des émissions varie considérablement au sein d’une même production en particulier chez les ruminants, reflet des différences de conditions pédoclimatiques*, et de pratiques agricoles. Cette variabilité est particulièrement marquée en production de viande de ruminants alors qu’elle est plus faible en production laitière bovine ainsi qu’en productions porcine et avicole. (cf ci-dessous).

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[33] Dumont B. (coord), Dupraz P. (coord.), Aubin J., Benoit M., Bouamra-Mechemache Z., Chatellier V., Delaby L., Delfosse C. Dourmad J.Y., Duru M., Frappier L., Friant-Perrot M., Gaigné C., Girard A., Guichet J.L., Havlik P., Hostiou N., Huguenin-Elie O., Klumpp K., Langlais A., Lemauviel-Lavenant S., Le Perchec S., Lepiller O., Méda B., Ryschawy J., Sabatier R., Veissier I., Verrier E., Vollet D., Savini I., Hercule J., Donnars C., 2016, Rôles, impacts et services issus des élevages en Europe. Synthèse de l’expertise scientifique collective, INRA France.

[34] Bellarby, J., Tirado, R., Leip, A., Weiss, F., Lesschen, J. P., & Smith, P. (2013). Livestock greenhouse gas emissions and mitigation potential in Europe. Global change biology, 19(1), 3-18.

[35] Weiss, F., & Leip, A. (2012). Greenhouse gas emissions from the EU livestock sector: a life cycle assessment carried out with the CAPRI model. Agriculture, ecosystems & environment, 149, 124-134.

[36] INRA d'après Leip, A., Weiss, F., Wassenaar, T., Perez, I., Fellmann, T., Loudjani, P., ... & Biala, K. (2010). Evaluation of the livestock sector's contribution to the EU greenhouse gas emissions (GGELS).

[37] Leip, A., Billen, G., Garnier, J., Grizzetti, B., Lassaletta, L., Reis, S., ... & Westhoek, H. (2015). Impacts of European livestock production: nitrogen, sulphur, phosphorus and greenhouse gas emissions, land-use, water eutrophication and biodiversity. Environmental Research Letters, 10(11), 115004.

[38] Weiss, F., & Leip, A. (2012). Greenhouse gas emissions from the EU livestock sector: a life cycle assessment carried out with the CAPRI model. Agriculture, ecosystems & environment, 149, 124-134.

2. Les émissions de GES varient selon le pays : le cas de la France

1. Les émissions globales de GES :

Référence échelle globale : CITEPA, inventaire des émissions SECTEN

 

En 2016, l'agriculture a été responsable en France de l'émission de 89 Mt de CO2eq*, soit environ 20% des émissions de gaz à effet de serre françaises. Il s'agit du troisième secteur émetteur derrière les transports routiers et l'industrie manufacturière (en termes de Potentiel de Réchauffement Global*).

 

Le CITEPA comptabilise que l’élevage émet environ la moitié des émissions de l’agriculture française, avec 42 Mt CO2eq* (si l’on ne prend en compte que les émissions des animaux et leurs déjections). L'élevage est notamment le principal producteur de méthane (CH4), les cultures étant quant à elles principalement responsables d'émissions de NO2 (liée à l'utilisation d'engrais). Le secteur agricole est assez peu producteur de CO2 (à ne pas confondre avec le CO2eq*) comparé aux autres secteurs. Consultez l'ensemble des émissions dans le chapitre 3.1 Elevage et émissions de gaz à effet de serre.

2. Le rôle important des ruminants dans les émissions de GES[39] :

Comme vu précédemment, les ruminants, compte tenu de leur mode de digestion particulier, ont un impact très important en termes d’émissions de gaz à effet de serre. En élevage laitier par exemple, la fermentation entérique est responsable de 52% des émissions. (voir ci-contre Dolle, 2015)

 

 

 

 

 

 

 


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Capture_Dolle_2015.JPG

Dollé, J. B., Moreau, S., Brocas, C., Gac, A., Raynal, J., & Duclos, A. (2015). Elevage de ruminants et changement climatique. Institut de l’Elevage.

Une synthèse menée par l’Institut de l’Elevage a calculé les impacts de l’élevage ruminant à partir des chiffres du CITEPA, en prenant en compte cette fois toutes les émissions induites (fermentation entérique, gestion des déjections, mais aussi sols pâturés et sols cultivés pour l’alimentation des animaux et énergie). Il en ressort que l’élevage des ruminants est lié à 79% des émissions du secteur agricole, et de 14,7% des émissions nationales (c’est-à-dire environ la même proportion qu’à l’échelle mondiale40, et environ deux fois moins que les émissions du secteur des transports routiers en France en 201541)

3. Et les autres filières d’élevage ?

Chez les monogastriques (porcs et volailles notamment), les principales émissions sont liées à la production de leur alimentation (voir ci-dessous Colomb, 2015), notamment à l’utilisation d’engrais, et aux émissions liées à la production de tourteaux de soja (en lien avec des problèmes de déforestation).

Capture_emissions_poulet.JPG

V. Colomb, A. Colsaet, C. Basset-Mens, J. Fosse, A. Gac, G. Mevel, J. Mousset, A. Tailleur, H. van der Werf 2015 Analyses du Cycle de Vie en agriculture : enseignements du programme AGRIBALYSE®. Revue AE&S vol.5, n°1, 17

4. Quelle empreinte carbone pour les produits animaux ?

Le projet Agribalyse, déjà mobilisé dans la partie sur l’Utilisation de surface, a permis de produire des références sur le potentiel de réchauffement climatique de nombreux produits agricoles français. Les quantités de GES émises sont exprimées en CO2eq, et dans le cas de la viande, cette quantité est calculée par kg de poids vif (avant abattage et découpe). Les chiffres sont exprimés pour des moyennes de productions française standard [42] (sauf si précisé autrement). Elles ne prennent pas en compte les émissions liées au transport (notamment dans le cas d’un import) et à la transformation des produits (l’élevage représente cependant la majorité de l’impact).

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Comme pour les paramètres de surface ou d’eau nécessaire à la production, la quantité de gaz à effet de serre émise par les différents élevages varie énormément selon le mode de production, comme on peut le voir ci-dessous : pour de la viande bovine, la production de CO2eq par kg de produit varie de 5 à 20 kg (chiffres issus du projet AGRIBALYSE, portant sur des modèles d’élevages français).

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Capture_produits_GES.JPG
Bilan : l’impact carbone de l’alimentation des français

La viande est l’aliment qui a l’impact le plus important dans le « bilan carbone alimentaire » des français. Cependant, d’autres facteurs jouent sur l’empreinte environnementale des produits : certains modes d’élevage ont la particularité de compenser une partie des GES émis (notamment en élevage ruminant, voir partie suivante). La consommation de fruits et légumes hors saison, ou d’aliments importés ayant beaucoup voyagé fait également augmenter le bilan carbone de nos assiettes. Nous verrons également à la suite de ce document que l’élevage produit des GES, mais qu’il joue également un rôle important dans la préservation de la biodiversité.

Capture_France_GES.JPG

L’alimentation est le troisième poste de production de GES des citoyens français, après le logement et les transports. La moitié des émissions liées à l’alimentation est liée à la production française consommée en France (en bleu sur le graphique). Un quart environ est liée aux importations utilisées de façon intermédiaire par les branches (exemple : soja importé pour la production de viande, huile de palme, etc …) et un dernier quart est lié aux importations pour utilisation finale (aliments produits à l’étranger). 

[39] Dollé, J. B., Moreau, S., Brocas, C., Gac, A., Raynal, J., & Duclos, A. (2015). Elevage de ruminants et changement climatique. Institut de l’Elevage.

[40] Gerber, P. J., Steinfeld, H., Henderson, B., Mottet, A., Opio, C., Dijkman, J., ... & Tempio, G. (2013). Tackling climate change through livestock: a global assessment of emissions and mitigation opportunities. Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO).

[41] CITEPA 2015 https://www.citepa.org/fr/secten/

[42] Agribalyse, fichier de synthèse v1.3, janvier 2017, fichier de synthèse, à télécharger sur la page Agribalyse

* Indice de consommation = rapport entre une quantité de nourriture consommée et la production de l’animal (viande, lait …)

* CO2 eq = Pour pouvoir établir des bilans de GES, alors que les différents gaz n'ont pas le même impact sur l'effet de serre, leurs contributions sont exprimées en terme de pouvoir de réchauffement global (PRG), dans une unité commune, le kg ou la tonne équivalent CO2

* conditions pédoclimatiques : 

conditions propres à chaque région, en termes de sols (géologie, fertilité) et de climats (température et humidité)

* CO2 eq = Pour pouvoir établir des bilans de GES, alors que les différents gaz n'ont pas le même impact sur l'effet de serre, leurs contributions sont exprimées en terme de pouvoir de réchauffement global (PRG), dans une unité commune, le kg ou la tonne équivalent CO2

*Potentiel de Réchauffement global (PRG) : outil de comparaison des différents gaz à effet de serre qui convertit les différents potentiels en une unité commune, le CO2 équivalent.

 

 

Thibault Salou, Sandrine Espagnol, Armelle Gac, Paul Ponchant, Aurélien Tocqueville, Vincent Colomb, Hayo M G van der Werf 2014. Life Cycle Assessment of French livestock products: Results of the AGRIBALYSE® program .Proceedings of the 9th International Conference on Life Cycle Assessment in the Agri-Food Sector.

 
 

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